Faire relire une traduction par un collaborateur bilingue, oui… mais

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Vous faites appel aux services d’un traducteur et vous aimeriez vous assurer que son travail est correct. Vous avez sous la main un collaborateur bilingue. Dans quelle mesure est-ce une bonne idée que de lui confier la relecture ?

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Nous partons du principe que vous engagez un traducteur ou une agence de traduction à un tarif correct et pouvant vous assurer un service de qualité. Nous aborderons bientôt le délicat sujet du tarif, afin de mieux vous guider.

Quelle est sa langue maternelle ?

Oui, je parle bien de sa langue maternelle, la notion de « bilingue » étant souvent galvaudée.

Bien que votre employé ne soit pas linguiste, sa maîtrise de sa langue maternelle est un atout sur lequel vous pouvez vous appuyer… dans une certaine mesure.
Vous pouvez lui demander de lire un document à traduire ainsi que sa traduction et de donner un avis général.
Si sa langue maternelle est la langue source, les meilleures informations qu’il pourra vous donner seront relatives au sens global de la traduction. Il pourra vérifier que la traduction reflète assez fidèlement le sens du document original.
Si sa langue maternelle est la langue cible, il pourra exprimer un avis général quand à la correction du document traduit, de sa formulation.

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Quelles vérifications ?

Avant toute chose, mieux vaut définir clairement le périmètre de l’intervention de votre collaborateur.
N’oubliez pas que votre traducteur est un linguiste professionnel et sérieux, vous vous en êtes assuré. Ce n’est probablement pas le cas de votre employé. Nous en faisons tous l’expérience chaque jour, s’exprimer dans sa langue maternelle c’est une chose, le faire sans erreur et de façon adéquate en est une autre.

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Votre secrétaire, parfaite bilingue, n'est pas une linguiste. De plus, elle a probablement déjà de nombreuses tâches à assumer.
Votre secrétaire, parfaite bilingue, n’est pas une linguiste. De plus, elle a probablement déjà de nombreuses tâches à assumer.

Pour cette raison, il est peu probable que votre collaborateur ait les compétences nécessaires pour rectifier le travail de votre traducteur. Tout comme, même si votre traducteur est spécialisé dans votre domaine d’activité, jamais il ne vérifiera la façon dont vous montez vos moteurs, vos systèmes de communication ou vos ascenseurs. Pourquoi ? Simplement parce que c’est VOTRE métier et non le sien.
De plus, et c’est humain, l’excès de zèle peut conduire votre employé à exagérer les corrections. Il est également possible qu’il trouve simplement que certaines phrases sonnent mieux à sa façon… ce qui n’invalide aucunement la traduction originale. Il y a de nombreuses manières de transmettre un message.

Ses corrections devraient se cantonner à la vérification de l’exactitude syntaxique et orthographique de la traduction et, le cas échéant, s’il maîtrise les deux langues concernées, du sens global.

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Relecteur, c’est également une profession à part entière qui nécessite de nombreux savoir-faire, outils et une retenue importante. Un bon relecteur n’effectuera que les corrections nécessaires.

Que faire des corrections ?

L’idéal est d’utiliser le suivi des modifications, lorsque le document le permet. On peut aussi surligner les passages jugés erronés et proposer une correction en commentaire ou faire une feuille récapitulative détaillée permettant au traducteur de repérer rapidement et de manière univoque les erreurs ainsi que les corrections proposées, les questions ou les éventuels commentaires.
Ensuite, vous communiquez ces corrections à votre traducteur, en lui expliquant votre démarche. Comme tout professionnel, votre traducteur est probablement quelqu’un de susceptible quand il s’agit de sa production, soyez gentil et mettez-y les formes, inutile de le braquer, il reste votre meilleur spécialiste (jusqu’à preuve d’une réelle incompétence… eh oui, ça existe aussi). Ne sautez pas cette étape, vous risqueriez de nuire à la qualité générale de la traduction !

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Que va en faire votre traducteur ?

Il va reprendre vos commentaires un à un et vérifier le texte. Comme il n’est pas parfait, il reconnaîtra probablement quelques erreurs mais surement pas toutes. Il arrive souvent que des modifications proposées par les clients ne constituent pas forcément des améliorations. Certaines modifications sont parfois inadéquates ou erronées.
Dès qu’il en aura la possibilité, votre linguiste vous proposera une nouvelle version du document, incluant toutes les modifications qu’il a validées.
Généralement, ce travail est effectué à charge du traducteur. Évidemment, si vous le noyez sous les e-mails ou les appels téléphoniques, si vous lui demandez de multiples ajustement, il pourra vous demander une compensation pour le temps additionnel accordé à votre projet.

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Et si vous ne trouvez pas un accord ?

Vous, ou votre traducteur, pouvez faire appel à un relecteur externe, professionnel et neutre. Dans tous les cas, mieux vaut prévoir, avec votre traducteur, la répartition des frais engendrés par ce relecteur tiers. Nos réseaux nous permettent de vous proposer un collègue compétent, le plus souvent pour un tarif concurrentiel, mais rien ne vous empêche de désigner votre propre relecteur, à votre charge.

Un accord est probablement possible, ne fermez pas la porte à la négociation.

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Et si la traduction est vraiment mauvaise ?

Si c’est le cas, il est temps de négocier avec votre traducteur. Il a fourni un travail, il doit être payé. Son travail nécessite une révision en profondeur, cela a un prix, il est normal qu’il participe… dans la mesure ou ces modifications s’avèrent indubitablement nécessaires.
Sinon, vous aurez appris deux choses : votre traducteur est compétent et c’est à lui que vous devriez vous référer à l’avenir pour les questions de linguistique.

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Et si c’est une question de style ou de terminologie choisie par l’entreprise ?

Difficile de remettre en cause le style d’un rédacteur. De même, s’il ne dispose d’aucune référence, comment pourrait-il savoir que vous préférez parler de granules ou de granulés, de hill holder ou d’aide au démarrage en côte ?
Pour éviter ces désaccords et pour vous assurer une traduction la plus proche de vos attentes, plusieurs conseils me viennent à l’esprit :

  • transmettre d’autres documents du même type à votre traducteur,
  • lui communiquer votre ligne éditoriale,
  • l’informer au mieux sur votre cible et vos attentes en terme de communication,
  • constituer un glossaire avec votre traducteur ou lui fournir celui que vous utilisez dans votre entreprise (ou une liste des termes spécifiques que vous désirez ou non voir dans vos documents),
  • le mettre en contact avec votre équipe de rédaction le cas échéant,

et surtout…

  • entretenir une relation de longue durée avec votre traducteur. Une fois qu’il vous connaît, ainsi que votre entreprise et votre produit, il sera à même de devancer vos demandes et de maintenir une cohérence dans vos publications.

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En conclusion, je me permets d’insister : votre traducteur est un linguiste expérimenté et nous pourrions disserter longtemps du bilinguisme de certains employés. N’oubliez pas, à chacun son métier ! Si vous êtes tenté d’apporter votre grain de sel à sa traduction, prenez un instant pour l’imaginer dans votre atelier en train de rectifier votre œuvre.

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